On appelle équations différentielles les équations dont les inconnues sont des fonctions d’une ou plusieurs variables et faisant intervenir non seulement ces fonctions inconnues mais aussi les dérivées de ces fonctions inconnues, ainsi que la ou les variables indépendantes. Lorsque les fonctions inconnues sont des fonctions de plusieurs variables, ces équations sont appelées équations aux dérivées partielles. Les équations dont les fonctions inconnues sont des fonctions d’une seule variable sont appelées équations différentielles ordinaires.
Si n est un entier positif non nul, une équation différentielle d’ordre n est une équation différentielle dans laquelle intervient la dérivée d’ordre n de la fonction inconnue. Par exemple,
Résoudre - ou intégrer - une équation différentielle , c’ est déterminer toutes les fonctions solutions y:x↦y(x) définies, en précisant pour chacune d’elles l’intervalle sur lequel elle est définie.
Les équations différentielles linéaires sont très importantes car on les rencontre constamment en physique, chimie, sciences de l’ingénieur ainsi que dans de nombreux autres domaines.
Dans la suite, on étudie
d’abord les équations différentielles linéaires du premier ordre y′+a(x)y=b(x) où a et b sont des fonctions continues sur I à valeurs dans K
puis les équations différentielles linéaires du second ordre y′′+ay′+by=f(x) où a et b sont des scalaires de K et f une fonction continue de I dans K, en général de la forme f:x⟼emxP(x) où m∈K et P est une fonction polynômiale.
6.2 Etude de l’équation différentielle linéaire du premier ordre y′+a(x)y=b(x)¶
L’équation diffrentielle linéaire du premier ordre la plus simple est : y′=b(x) où b est une fonction continue sur un intervalle I à valeurs dans K. Dans ce cas, résoudre l’équation
différentielle y′=b(x) c’est trouver toutes les fonctions dérivables sur I admettant b pour fonction dérivée.
L’ensemble des solutions de y′=b(x) est donc l’ensemble des primitives de la fonction continue b. Si B est l’une d’entre elle, alors l’ensemble des solutions de y′=b(x) est
Une fonction constante sur I admettant une dérivée nulle sur I, on constate que toutes les solutions de y′=b(x) sont obtenues en ajoutant à l’une d’entre elle, ici la fonction B, toutes les solutions de l’équation homogène associée y′=0.
On s’intéresse désormais à l’équation différentielle (E):y′+a(x)y=b(x) où a,b sont des fonctions continues sur I.
Définition. On appelle équation différentielle homogène associée à ( E ) l’équation différentielle (E0):y′+a(x)y=0.
Les propriétés suivantes donnent la structure de l’ensemble des solutions de ( E0 ) et (E) :
Proposition. Soient φ1 et φ2 deux solutions définies sur l’intervalle I de l’équation différentielle linéaire homogène ( E0 ) et α∈K. Alors αφ1+φ2 est encore solution sur I de ( E0 ).
Si φp est une solution particulière de l’équation (E) alors φ:I⟼K est une solution de ( E ) si et seulement si
c’-à-d. si φ−φp est solution de l’équation homogène (E0):y′+a(x)y=0
Théorème. Si φp est une solution particulière de ( E ) alors on obtient toutes les solutions de (E) en ajoutant à φp toutes les solutions de l’équation homogène (E0) :
En notant S l’ensemble des solutions de (E) et S0 l’ensemble des solutions de ( E0 ) :
Théorème. Soit a:I⟼K une fonction continue et A une primitive sur I de a.
L’ensemble des solutions de ( E0 ) est l’ensemble des fonctions de la forme φ : ∣∣I→Kx⟼Ke−A(x) ouˋK est un scalaire de K
On dit que S0 est la droite vectorielle engendrée par e−A.
Remarque. On énonce aussi cela en disant que la solution générale de ( E0 ) est φ:x⟼Ke−A(x) où K∈K.
Remarque importante. Toute solution sur I de l’équation homogène y′+a(x)y=0 autre que la fonction nulle ne s’annule en aucun point de I.
Exemples. (1) La solution générale sur Rde(E0):y′+xy=0 est x⟼Ke−2x2 où K∈K.
(2) La solution générale sur ]0,+∞[de(E0):y′+x1y=0 est x⟼xK où K∈K.
(3) La solution générale sur R de (E0):y′+iy=0 est x⟼Ke−ix où K∈C.
(4) La solution générale sur R de (E0):y′+(2−3i)y=0 est x⟼Ke−2xe3ix où K∈C.
6.2.2 Recherche d’une solution particulière pour l’équation différentielle avec second membre¶
Cas où les fonctions a,b sont constantes et a=0 : une solution particulière de y′+ay=b est la fonction x⟼ab. La solution générale de (E) sur R est alors x⟼ab+Ke−ax où K∈K.
Exemple. Résoudre l’équation différentielle : y′+iy=(1+i).
Cas où a est constante et b est une fonction polynôme : on cherche une solution particulière sous la forme y(x)=Q(x) où Q est une fonction polynôme de même degré que b.
Exemples. (1) (E):y′+3y=1+x2
On cherche une solution sous la forme y(x)=px2+qx+r :
donc y est solution de (E) ssi ⎩⎨⎧3p3q+2p3r+q=1=0=1, ce qui donne p=31,q=−92 et r=2711.
(2) (E):y′+3y=1+3x
Une solution particulière évidente est y:x⟼x.
Cas où a est constante non nulle et b est une fonction exponentielle-polynôme de la forme b(x)=emxP(x),m∈ On cherche une solution sous la forme y(x)=emxQ(x) où Q est un polynôme :
La solution générale de (E) est alors y:x⟼(K(x)+C)e−A(x) où C∈K.
Exemples. (1) Soit ( E ) l’équation différentielle y′−2x3y=2x1.
L’intervalle de résolution est I=]0,+∞[.
La solution de l’équation homogène est x⟼Kx23 où K∈K.
On cherche une solution particulière de (E) sous la forme y(x)=K(x)x23 où K est une fonction dérivable sur ]0,+∞[:y est solution de (E) sur I ssi K′(x)=2x1×x−23=21×x−2 donc on prend K(x)=2x−1 ce qui donne x⟼2x−1×x23=−21x comme solution particulière de ( E ).
La solution générale de ( E ) est donc y:x⟼−21x+Kx23.
Théorème. Soit a,b1,b2:I⟶K des fonctions continues.
Si y1 est une solution de y′+a(x)y=b1(x) et y2 une solution de y′+a(x)y=b2(x) alors y1+y2 est une solution de y′+a(x)y=b1(x)+b2(x).
Exemple. Soit ( E ) l’équation différentielle y′+y=2ex+4sin(x)+3cos(x).
La solution de l’équation homogène est x⟼Ke−x où K∈K.
On décompose le second membre en b1(x)+b2(x) où b1(x)=2ex et b2(x)=4sin(x)+3cos(x) puis on cherche une solution particulière de
Une solution particulière de ( E1 ) est x⟼ex (évidente).
On cherche une solution de (E2) sous la forme y(x)=acos(x)+bsin(x) où (a,b)∈K2. Par calcul
y′+y=−asin(x)+bcos(x)+acos(x)+bsin(x)=(a+b)cos(x)+(b−a)sin(x) donc y est solution de (E2) ssi {a+b−a+b=3=4. On trouve b=27 et a=−21 ce qui donne x⟼−21cos(x)+27sin(x) comme solution particulièrede ( E2 ).
La solution générale de l’équation (E) est x⟼ex−21cos(x)+27sin(x)+Ke−x où K∈K.
La solution générale de l’équation différentielle y′+a(x)y=b(x) comporte une constante K indéterminée. En imposant une condition initiale à la solution, la constante K est alors déterminée.
Soient x0∈I et y0∈K. La recherche de solutions de ( E ) vérifiant les égalités
appelée condition initiale, constitue le problème de Cauchy .
Proposition. Soient a:I⟶K,b:I→K des fonctions continues et (x0,y0)∈I×K Il existe une unique solution à l’équation différentielle y′+a(x)y=b(x) vérifiant la condition y(x0)=y0.
Exemple. Résoudre le problème (C) : ⎩⎨⎧y′+1+x2xyy(0)=1+x21=0
La solution sur R de l’équation homogène est x⟼K(1+x2)−21.
On cherche une solution particulière de l’équation avec second membre sous la forme y(x)=1+x2K(x) où K est une fonction d’erivable sur R :
Proposition. Si φp est une solution particulière de ( E ) alors on obtient toutes les solutions de (E) en ajoutant à φp les solutions de l’équation homogène ( E0 ).
La propriété suivante précise la structure de l’ensemble des solutions de ( E0 ) :
Proposition. Si y1 et y2 sont deux solutions de (E0) et si λ∈K alors λy1+y2 est une solution de ( E0 ).
6.3.1 Résolution de l’équation différentielle homogène ( E0 )¶
Il existe deux nombres complexes r1 et r2 tels que {r1+r2=−ar1r2=b, il s’agit des solutions de l’équation r2+ar+b=0.
Définition. L’équation r2+ar+b=0 s’appelle équation caractéristique de l’équation différentielle y′′+ay′+by=0.
Soit y une solution de (E0) et z=y′−r1y. Alors :
— Si r1=r2 alors la solution générale de y′−r1y=z est x⟼Ler1x+Mer2x où (L,M)∈C2;
Si r1=r2 alors on prend L(x)=Kx+M et la solution générale de y′−r1y=z est alors x⟼(Ax+B)er1x où (A,B)∈C2;
Théorème. Soient a,b des nombres complexes tels que b=0 et ( E0 ) l’équation différentielle homogène y′′+ay′+by=0.
(1) Si l’équation caractéristique r2+ar+b=0 admet deux racines distinctes r1 et r2, la solution générale de ( E0 ) est
Exemple. Résoudre l’équation différentielle y′′+2y′+2=0
L’équation caractéristique est r2+2r+2=0 et admet −1±i pour racines donc la solution générale complexe est x⟼Le(−1+i)x+Me(−1−i)x où (L,M)∈C2.
Description des solutions réelles de l’équation y′′+ay′+by=0 lorsque (a,b)∈R2
Dans le cas où a et b sont réels, on peut s’intéresser aux solutions réelles de l’équation différentielle y′′+ay′+by=0. L’équation caractéristique r2+ar+b=0 peut avoir ici soit deux racines distinctes, soit une racine double, soit deux racines complexes conjuguées.
(1) Lorsque l’équation caractéristique admet deux racines complexes conjuguées α+iβ et α−iβ où β=0, la solution générale à valeurs complexes est
$$
y: x \longmapsto \mu_{1} \mathrm{e}^{(\alpha+i \beta) x}+\mu_{2} \mathrm{e}^{(\alpha-i \beta) x} \text { où }\left(\mu_{1}, \mu_{2}\right) \in \mathbb{C}^{2},
$$
et y est une solution réelle si et seulement si y=yˉ :
En évaluant en x=0, on obtient μ1−μ2=μ1−μ2 puis en évaluant en x=2βπ, on obtient μ1−μ2=−μ1+μ2 ce qui implique μ2=μ1.
Réciproquement, si μ2=μ1 alors y(x)=eαx(μ1eiβx+μ1eiβx) ou encore
donc la solution générale réelle est x⟼(Lx+M)erx où (L,M)∈R2.
(3) Lorsque l’équation caractéristique admet deux racines réelles distinctes r1<r2, la solution générale complexe est y:x⟼Ler1x+Mer2x où (L,M)∈C2 :
En évaluant la limite quand x→−∞, on obtient L=Lˉ c’est-à-dire L∈R, puis en évaluant en x=0, on obtient M=Mˉ, c’est-à-dire M∈R.
La solution générale réelle dans ce cas est y: x⟼Ler1x+Mer2x où (L,M)∈R2.
Proposition. Soient a,b des réels tels que a=0 et ( E0 ) l’équation différentielle homogène y′′+ay′+by=0.
(1) Si l’équation caractéristique r2+ar+b=0 admet deux racines réelles distinctes r1 et r2, la solution générale de ( E0 ) est
(3) Si l’équation caractéristique r2+ar+b=0 admet deux racines complexes conjuguées α+iβ et α−iβ, la solution générale (réelle) de ( E0 ) est
Expected 'EOF', got '̀' at position 110: … x)\right) o u ̲̀\left(\lambda_{…
y: x \longmapsto \mathrm{e}^{\alpha x}\left(\lambda_{1} \cos (\beta x)+\lambda_{2} \sin (\beta x)\right) o u ̀\left(\lambda_{1}, \lambda_{2}\right) \in \mathbb{R}^{2}
6.3.2 Résolution de l’équation différentielle avec second membre¶
Proposition. Soient f1,f2:I⟶K deux fonctions continues et les équations différentielles
Si y1 est une solution de (E1) et y2 une solution de (E2) alors y1+y2 est une solution de y′′+ay′+by=f1(x)+f2(x).
On considère l’équation différentielle y′′+ay′+by=f(x) où (a,b)∈C2 tels que a=0 et f une fonction continue sur I à valeurs dans K. L’équation différentielle homogène étant résolue, il reste à trouver une solution particulière.
Solutions apparentes. Dans de nombreux cas, on peut deviner la forme d’une solution à partir de celle du second membre.
Lorsque la fonction f est polynômiale de degré n∈N, on recherche une solution sous forme d’une fonction polynômiale en appliquant le principe d’identification. Plus précisément, si Q est une fonction polynômiale de degré d alors Q′′+aQ′+bQ est une fonction polynômiale
de degré d si b=0;
de degré d−1 si b=0 et a=0;
— de degré d−2 si a=b=0.
Si le second membre f est polynômiale de degré n∈N, on cherche une solution Q polynômiale
— de degré n si b=0;
de degré n+1 si b=0 et a=0;
de degré n+2 si a=b=0.
— Lorsque la fonction f est définie par f(x)=P(x)eωx où P est une fonction polynômiale, on peut rechercher une solution sous la forme y(x)=Q(x)ewx. La formule (F) établie plus haut donne alors
Lorsque les coefficients a,b sont réels et que la fonction f est définie par f(x)=euxcos(vx) ou f(x)=euxsin(vx) où (u,v)∈R2, on applique les formules d’Euler et on se ramène à la résolution des équations différentielles y′′+ay′+by=e(u+iv)x et y′′+ay′+by=e(u−iv)x en obtenant des solutions à valeurs complexes puis en prenant les parties réelles et imaginaires suivant les cas des solutions trouvées.
Exemple. Résolution de l’équation différentielle (E):y′′+2λy′+ω2y=αω2sin(ωx) où (α,λ,ω)∈]0,+∞[3.
L’équation caractéristique de l’équation homogène est r2+2λr+ω2=0 de discriminant Δ=4λ2−4ω2.
Si Δ>0, en notant r1,r2 les racines de l’équation caractéristique, la solution générale de l’équation homogène est x⟼Aer1x+Ber2x où (A,B)∈R2;
si Δ=0, en notant r la racine double de l’équation caractéristique, la solution générale de l’équation homogène est x⟼(Ax+B)erx où (A,B)∈R2;
si Δ<0, en notant α+iβ une des racines complexes de l’équation caractéristique, la solution générale de l’équation homogène est x⟼eαx(Acos(βx)+Bsin(βx)) où (A,B)∈R2.
Si φp est une solution de y′′+2λy′+ω2y=2iαω2eiωx alors φp est une solution de y′′+2λy′+ω2y=(2iαω2eiωx) puisque les coefficients sont réels et la fonction Im(φp) est alors une solution particulière de ( E ).
On a (iω)2+2λ(iω)+ω2=2λiω=0 donc on cherche une solution de y′′+2λy′+ω2y=2iαω2eiωx sous la forme y(x)=keiωx où k∈C :
Remarque. Etant donné la forme du second membre, on aurait pu chercher directement une solution particulière sous la forme y(x)=Kcos(ωx)+Lsin(ωx) où K,L sont des inconnues réelles dès le début, les calculs auraient été plus simples.
Exemple. On considère l’équation différentielle (E):y′′+3y′+2y=xsh(x).
L’équation caractéristique de (E) est r2+3r+3=0 admettant -1 et -2 pour racines. La solution de l’équation homogène est donc x⟼Ae−x+Be−2x où (A,B)∈K2.
Recherche d’une solution particulière : on décompose xsh(x) en 2xex−2xe−x et on applique le principe de superposition.
Puisque 1 n’est pas racine de l’équation caractéristique, on cherche une solution de y′′+3y′+2y=2xex sous la forme y(x)=(ax+b)ex où (a,b)∈K2 :
Théorème. Soient (a,b)∈K2 et f:I→K une fonction continue sur l’intervalle I. L’équation différentielle y′′+ay′+by=f(x) admet des solutions sur l’intervalle I.
La solution générale de l’équation différentielle y′′+ay′+by=f(x) comporte des constantes λ1 et λ2 indéterminées. En imposant des conditions initiales à la solution, ces constantes sont alors déterminées.
Rappel sur les systèmes 2×2. Soient (a,b,c,a′,b′,c′)∈K6. Le système
admet une unique solution si et seulement si ab′−a′b=0.
La solution générale de (E):y′′+ay′+by=f(x) est y:x⟼φp(x)+Ah1(x)+Bh2(x) où (A,B)∈K2 et φp une solution particulière de ( E ).
Soit (x0,α,β)∈I×K×K.
La condition {y(x0)=αy′(x0)=β est équivalente à {Ah1(x0)+Bh2(x0)=α−φp(x0)Ah1′(x0)+Bh2′(x0)=β−φp′(x0)
Dans le cas où K=C :
si Δ=a2−4b=0, on a h1(x)=er1x et h2(x)=er2x avec r1=r2 donc h1(x0)h2′(x0)−h1′(x0)h2(x0)=(r2−r1)e(r1+r2)x0=0;
si Δ=a2−4b=0, on a h1(x)=erx et h2(x)=xerx donc h1(x0)h2′(x0)−h1′(x0)h2(x0)=(1+rx0)e2rx0−rx0e2rx0=e2rx0=0.
Dans le cas où K=R et Δ=a2−4b<0, on a h1(x)=euxcos(ωx) et h2(x)=euxsin(ωx) donc h1(x0)h2′(x0)−h1′(x0)h2(x0)=eux0(cos2(ωx0)+sin2(ωx0))=eux0=0.
Proposition. Soient a,b des scalaires de K,f:I→K une fonction continue et (x0,α,β)∈I×K×K.
Il existe une unique solution à l’équation différentielle y′′+ay′+by=f(x) vérifiant la condition y(x0)=α et y′(x0)=β.